PROTECTED TREES - Ronny Delrue

PROTECTED TREES - Ronny Delrue
07/02/2020 > 13/03/2020

Exposition
Vernissage du 07 février de 19h a 22h
Exposition du 08 février au 14 mars 2020

Sept globes en verre abritent chacun une branche d’arbre. Chaque globe est fiché sur un piédestal peint sans aucun éclat. Des branches atrophiées apparaissent. On pénètre avec retenue dans cette forêt figée. La lumière s’avère d’une crudité médicale. Le bois est écorché vif ; la peinture surgit comme un emplâtre ; des pustules de couleur constellent la surface du verre.

Sous l’arcature de métal qui abrite le tout nouvel espace de la galerie Cerami, l’installation Protected Trees résonne comme un cri dans le silence d’une morgue. Sept Merveilles du monde… Sept péchés capitaux… Symbole de vie éternelle chez les Egyptiens, le mythique chiffre sept est aussi celui de la planète Terre du Petit Prince. Confidence en aparté : le fils de l’artiste gantois Ronny Delrue est à l’origine de cette installation d’une force plastique implacable. Le jeune garçon avait ramassé toutes ces branches pour les entasser dans sa chambre, dans un geste de nécessité. Ainsi, Delrue a pu prélever quelques trophées compulsifs pour les métamorphoser en Protected Trees.

Réceptacle de la statue d’un saint, d’une relique ou de tout autre curiositas, le globe est devenu depuis les Bomb Child (2007) une forme d’art à part entière dans les mains de l’artiste graveur, peintre, céramiste, dessinateur, sculpteur. En 2018, Ronny prit ces cloches de verre comme support de départ pour y apposer des points noirs. Il poursuit ici sa démarche en la complexifiant : points à l’acrylique, craie et huile distillent une inflexion picturale très subtile quand les strates de couleur donnent au verre la force d’une image, à l’instar de vitraux.

Sous ces deux premiers niveaux, le regard se porte sur une branche fixée sur le support devient à la fois sculpture et peinture. Contrecarrant la nature morte, Delrue insère artificiellement de petites ramures, inclinées vers le bas : « Cette forêt pleure. Elle est la trace du monde actuel, à l’image de tous ces oiseaux qui ont déjà disparu. Protégés par un globe, lui-même atteint aussi par la pollution, ces arbres constituent un paysage-portrait. »

Implacable, la lumière joue sur cet art de la peinture en 3D qui nous fait tourner autour de la structure pour percevoir le reflet du monde : « J’exploite ma liberté de peindre en incluant une certaine poésie. Cette forêt peut sembler complètement imaginaire or elle traduit une question environnementale importante. »

Aux branches s’inclinant en état de mort anormale répond une série de dessins récents. Dans l’espace initial de la galerie, Delrue poursuit son cheminement graphique gravitant autour de la figure humaine omniprésente, pensée et accomplissement immédiat du trait rehaussé d’aquarelle. Découpages, chaos de corps viennent montrer mouvements, enfermements, cette traque de la pollution mentale qui nous envahit entre lumières et ténèbres. Tantôt cerclée de barbelés voire de traits au scalpel, tantôt en expansion colorée, cette forme d’action/drawing de la figure humaine est essentielle pour comprendre le langage artistique et philosophique de Ronny Delrue, enchevêtrement cumulatif du moi et de l’autre.

Très présent actuellement dans des expositions à Gand, Bruxelles, Liège, et maintenant à Charleroi avec ces travaux inédits, l’homme-artiste maintient donc le cap, braquant sa réflexion tant sur les voiles qui obscurcissent le désir que sur les tsunamis qui ravagent nos esprits et notre planète, jusqu’à la gangrène.

Prochainement, une nouvelle exposition servira d’introduction à un regard-bilan sur vingt années de dessins.


Dominique Legrand